À la rencontre de Dorota Berger
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Dorota Berger est née en 1974 et vit à Varsovie. À l’issue de sa formation à l’école des Beaux-Arts, elle peint en l’an 2000 un tableau qui bouleverse sa vocation d’artiste : Elie sur le mont Horeb. Ce panneau représente un paysage vallonné, avec en son centre un rocher d’une blancheur étonnante où apparaît en miniature la silhouette du prophète Élie, figure majeure de l’Ancien Testament. Dans ce tableau, la rondeur des collines apparaît en premier, ainsi que leur disposition rythmée et harmonieuse. La perspective et les échelles sont très libres, si bien que celui qui donne à l’oeuvre son titre n’occupe en réalité qu’une toute petite place. En nous rapprochant, on le distingue assis calmement face à nous, dans une petite grotte, la tête reposant contre sa main. Il n’est en apparence qu’un point dans un ensemble plus vaste, mais un point décisif. Car c’est un homme qui, par confiance et par fidélité à une parole reçue, a tout quitté jusqu’à ce mont où Dieu lui apparaît, dans le murmure d’une brise légère (1 Rois 19, 11–12).

Élie sur le mont Horeb
Tempera sur panneau, 55 x 39 cm, 2000
En tout cela, le prophète Élie est pour Dorota Berger un précurseur et un exemple. Tout comme lui, elle place sa confiance dans une parole reçue, et accepte d’être déplacée, mise à l’écart, pour se tenir calme mais bien campée sur cette fondation. Comme lui, elle se rend disponible pour reconnaître la manifestation de cette parole, notamment dans ce qu’elle a de plus humble. Et comme lui, elle professe cette parole par sa peinture, qui y trouve sa force motrice, son inspiration et sa raison d’être.
A l’origine de chacune de ses œuvres, il y a un temps de lectio divina, une lecture active et spirituelle des Écritures. De lectio en lectio, une image se forme, qui se déploie dans l’environnement concret de l’artiste, et s’incarne en un lieu et un instant précis, avec sa lumière, ses parfums, sa faune particulière… Elle réalise alors une esquisse, étape cruciale dans laquelle elle exprime la vigueur et la clarté de son dessein. Une fois la composition établie, elle choisit un panneau de bois préparé dans le respect des traditions byzantines, et commence à peindre en aplats avec une peinture a tempera. Elle emploie ensuite une technique d’une grande finesse qui révèle le sujet de sa peinture ligne par ligne, point par point, ce qui confère à ses œuvres l’aspect d’un tissage ou d’une broderie.

Photosynthèse
Tempera sur panneau, 40 x 30 cm, 2025
Cette délicatesse associée à des compositions puissantes est le contraste le plus saisissant des œuvres de Dorota Berger, sa touche reconnaissable entre toutes. Avec lui, l’artiste dépeint des sujets et des paysages d’une grande variété, allant des vignes du Languedoc aux visions de l’Apocalypse, en passant par les escaliers de Jérusalem. Dans chacun de ces lieux, une histoire personnelle nous rejoint, tandis qu’une autre, universelle, s’actualise. Quelque chose de familier en émane, mais que nous ne voyons parfois plus : l’immensité de la beauté du monde, étendue tout autour de nous comme un livre ouvert.
Comme les maîtres du Moyen Âge et de la Renaissance qui l’inspirent tant, Dorota représente le particulier et l’universel de manière indissociable. Telle fleur, tel renard, telle petite pousse fraîche prennent part à un projet infiniment plus vaste où tout à une place, où tout est choisi, aimé, appelé par son nom.
“Passons sur l'autre rive du lac !” (Luc 8, 22)
Tempera sur panneau, 60 x 45 cm, 2024
Dans un entretien avec l’auteure et philologue polonaise Ewa Kiedio, Dorota Berger déclare : “Je peins ce qui manque”, et plus loin, évoquant avoir réalisé ses œuvres les plus paisibles, les plus paradisiaques même, dans les moments les plus sombres de sa vie : “C’est peut-être parce que cela me manquait que j’ai si souvent peint les promesses de Dieu. Je m’y accrochais comme une naufragée.” N’est-ce pas le miracle de l’art que de pouvoir réduire la distance qui nous sépare de telles promesses et, en les manifestant par une une présence, une relation concrète, de nous permettre d’attendre jusqu’à leur avènement ?

Le Mont de la Transfiguration (Matthieu 17, 1–2)
Tempera sur panneau, 60 x 40 cm, 2025
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Dorota Berger est l'une des trois artistes dont je présenterai les œuvres avec Capucine Tosi lors de l'exposition “Devant moi, tu as ouvert un passage” , du 7 au 17 mai prochains au Six Elzévir (Paris 3e).






