À la rencontre de Sylwia Perczak
- 5 mai
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Née en 1977, Sylwia Perczak est artiste peintre et iconographe. Après avoir étudié aux Beaux-Arts de Częstochowa, elle devient professeur d’arts plastiques et illustre des livres pour enfants, tout en peignant des œuvres plus personnelles. Progressivement, le désir de se consacrer pleinement à ses peintures grandit, simultanément au besoin de témoigner de sa foi chrétienne. L’année 2017 marque un tournant décisif dans le choix de cette vocation : à l’occasion d’un séminaire avec de nombreux artistes engagés dans la création d’art religieux, elle comprend qu’il est possible de créer des œuvres dévotionnelles tout en demeurant libre en tant qu’artiste. Plus encore, elle entrevoit que ce chemin est peut-être celui d’une plus grande vérité, d’une vie unifiée.

Les années qui suivent ce séminaire sont celles de ses premières icônes, des images en apparence très humbles, réalisées avec de fins panneaux de contreplaqué. Sur ces panneaux, la figure divine ou sainte apparaît par la négative. L’artiste peint tout autour jusqu’à ce qu’une silhouette se dégage de la surface peinte. Son identité n’est indiquée que par une mince auréole et une petite abréviation, un usage de l’art de l’icône qui ne permet aucune équivoque quant au sujet que l’œuvre rend présent. De ces silhouettes laissées vierges, seule apparaît la posture, penchée vers l’Enfant-Jésus ou un petit agneau, et une main, bien dessinée, qui les tient doucement contre elle.
Ces années sont également celles de ses premières commandes de l’Église, et notamment d’un chemin de croix qu’elle réalise pendant la pandémie. C’est également à ce moment-là que l’artiste réalise une série de peintures ayant pour sujet les anges gardiens. Ceux-là ont des traits modelés et illuminés dans le respect de l’art de l’icône, mais prennent place dans un environnement très concret, qui sort du cadre de cette tradition. Ainsi l’un d’eux caresse un chat en buvant une tasse de thé, un autre part visiter quelqu’un à vélo, un autre encore regarde avec tendresse des habitations en contrebas… Ces peintures et icônes ont en commun de manifester la proximité immédiate entre la vie quotidienne et la vie spirituelle, et plus encore, que ce qui relève du spirituel peut agir directement dans nos vies.
Poursuivant ce chemin, l’artiste a récemment placé le carton au centre de sa pratique. Ce matériau lui permet de faire des expérimentations avec une grande liberté, et notamment de couper, de déchirer et même d’arracher des pans entiers de la surface d’une œuvre pour révéler ce qui se cache à l’intérieur. Peu à peu, l’artiste enlève tout ce qui n’est pas nécessaire, et semble au final ne rien peindre d’autre que cette relation d’amour entre Dieu et les hommes qui est le cœur, le sang, la matière de sa foi. C’est également un matériau pris à la vie quotidienne, à la vie de tout le monde, qui peut être irrégulier, couvert d’aspérités, mais qui n’en est pas moins indigne de porter un signe ou une figure lumineuse.

Dans les œuvres de Sylwia Perczak, l’art byzantin rencontre aussi bien l’arte povera que les arts de l’Extrême-Orient, à qui elle emprunte ces grands espaces vierges, non peints de la peinture, comme des réservoirs de possibles donnés à vivre. Ces différentes inspirations soutiennent un désir de liberté fondamental, la liberté de rester fidèle à une intuition propre, et ainsi de ne jamais tomber dans la formule. Indiquer l’unité possible entre le concret de l’existence humaine et une réalité spirituelle, et révéler le lien d’amour qui unit l’une et l’autre, voici l’enjeu majeur de son travail, celui auquel il ne faut rien céder. En cela, Sylwia Perczak s’inscrit dans le sillage d’artistes qui ont contribué à un profond renouveau de l’art chrétien, des artistes qui témoignent d’une part d’une profonde compassion à l’égard de l’existence humaine, et de l’autre que cette existence, si elle est dure et tragique, est le lieu-même de l’émerveillement et de la grâce.











